Entre musique, imagination et précision vocale, Delphine Estournet trace un parcours singulier où la voix devient un véritable instrument d’expression. D’abord engagée dans une voie plus classique, elle choisit finalement de suivre son élan créatif après une reconversion marquante, pour se consacrer pleinement au jeu vocal. Passionnée par le jeu vidéo, les univers documentaires et la création sonore, elle aborde chaque projet avec curiosité et sensibilité, portée par une approche à la fois artistique et humaine du métier. Dans cette interview, elle revient sur son cheminement, sa vision du travail de la voix et les projets qui nourrissent aujourd’hui son univers.
Qu’est-ce qui vous a menée vers le métier de comédienne voix ?
Quand j’étais enfant, je passais mon temps à refaire les voix des films d’animation que je regardais ou celles de mes personnages préférés dans les livres. J’ai d’abord suivi une carrière plus classique, ma famille n’étant pas issue du milieu artistique et n’ayant donc pas envisagé cette voie pour moi. Après le COVID et une reconversion professionnelle forcée par les événements, ma part créative a pris le dessus et j’ai osé me lancer dans ce qui est aujourd’hui ma plus belle aventure. En tant que pianiste, je vois ma voix comme un instrument avec lequel je peux jouer à l’infini et toujours essayer d’aller plus loin. Aujourd’hui, je suis là où j’ai toujours voulu être.
Au-delà du talent, quelles qualités sont essentielles pour évoluer dans ce secteur ?
De l’imagination, car on incarne énormément de personnages, d’idées et de concepts. De la curiosité aussi, parce que certains projets qui semblent absurdes au départ se révèlent être de véritables pépites pour une voix. Et de la patience : la voix est un outil fragile qui peut parfois nous jouer des tours, et on n’est pas toujours au top le jour d’un casting. Pour moi, c’est un métier passion, donc chaque journée est une nouvelle aventure.
Dans votre parcours personnel, qu’est-ce qui vous a le plus aidée à devenir comédienne ?
Les retours et les rires de mes proches lorsque je faisais des imitations ou des voix amusantes. Et les enfants aussi, parce que leur retour est toujours sincère.
Comment appréhendez-vous le stress et la pression liés au métier ?
Mal ! (rires) Plus sérieusement, une bonne préparation, un entraînement régulier, ma musique réconfortante… et mon chat ! J’ai développé différentes techniques pour m’écouter et éviter que le stress ne prenne trop de place.
Quel est votre rituel avant une session d’enregistrement ?
Boire de l’eau, bien dormir, porter un foulard, échauffer ma voix en parlant… et arriver en avance !
Comment construisez-vous une empreinte vocale pour un personnage à partir d’images ou d’un texte seul ?
Je m’appuie beaucoup sur mon imagination et sur les indications des directeurs artistiques, qui sont très précieuses, surtout en doublage lorsqu’on ne connaît pas toutes les informations du projet. J’essaie aussi de penser avec mes cinq sens et de manière musicale : comment le physique et le caractère du personnage peuvent se refléter dans sa voix. Je m’inspire également de ce que j’ai vu et lu auparavant pour créer quelque chose de nouveau.
Quel projet voix vous a procuré le plus de plaisir ?
Le jeu vidéo, sans aucun doute ! Le doublage est déjà un jeu en soi, et comme je suis moi-même joueuse, j’imagine ce que mon personnage va faire à l’écran à partir du texte.
Avez-vous vécu une expérience plus difficile dans votre parcours ?
Je n’ai pas vraiment de pire projet, mais il peut être compliqué de travailler avec des personnes qui ne sont pas encore professionnelles, surtout à distance. Poser sa voix et être dirigée à distance est assez particulier, et lorsque l’on n’est pas habitué au milieu, cela peut prendre beaucoup plus de temps qu’en studio.
Quels types de projets vous attirent le plus aujourd’hui ?
Tout m’intéresse ! La diversité des projets est ce qui me plaît dans la voix. Si je devais choisir, le jeu vidéo reste particulièrement grisant. J’ai aussi une affection pour les documentaires et les livres audio, qui permettent de créer un univers uniquement par la voix. J’aime apprendre, donc ces formats sont parfaits pour m’immerger dans des sujets passionnants.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite débuter en doublage ou en voix-off ?
S’entraîner chez soi, puis suivre des stages. La régularité est essentielle pour la voix.
Des formations ou ressources que vous recommanderiez ?
Le Magasin, sans aucun doute : c’est une excellente façon de travailler la voix avec des directeurs artistiques expérimentés. J’apprécie aussi les masterclass, par exemple chez Rhinocéros ou Titra. Et je conseille vivement les cours d’improvisation, qui apprennent à ne pas être déstabilisé face à une bande rythmo rapide.
Avez-vous des comédiens ou comédiennes qui vous inspirent particulièrement ?
Dominique Collignon, dont l’interprétation d’Hadès dans Hercule a marqué mon enfance : je répétais ses répliques en boucle. Je n’ai malheureusement jamais pu le rencontrer, mais il reste un déclencheur important de ma passion pour le doublage.
Y a-t-il des directeurs artistiques ou des productions avec qui vous avez particulièrement aimé travailler ?
Mon expérience avec Mathieu Colnat sur un jeu vidéo a été excellente, notamment parce qu’il assurait la direction artistique.
Et des collaborations dont vous rêvez ?
Oui, beaucoup ! L’animation me passionne, tout comme les documentaires scientifiques ou animaliers. Parmi les directeurs artistiques avec qui j’aimerais travailler, je pense notamment à Jean-Michel Vaubien, Jonathan Dos Santos, Francoua Garrigues, Brigitte Lecordier, Constantin Pappas, Catherine Lelann, Donald Reignoux, Christophe Lemoine ou encore Xavier Baur… et sûrement bien d’autres !
Quels sont vos projets actuels ou à venir ?
Je produis actuellement un podcast audio sur les neuroatypies intitulé Voix Plurielles. Je prépare également une voix off pour un clip que j’aimerais tourner et je suis en train d’enregistrer un livre audio. Et bien sûr, j’aimerais beaucoup participer à un projet d’animation en doublage ou à une voix off documentaire.
Quel serait votre plus grand rêve professionnel ?
Doubler un personnage principal dans un film d’animation. Pour moi, c’est l’objectif ultime : créer une voix à 100 % pour un personnage.
Carte blanche : souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
Ayant une formation d’ingénieure dans la santé, je suis très sensible aux problématiques scientifiques, notamment la santé mentale. Je consacre une partie de mes projets à ces sujets, donc n’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez travailler autour de ces thématiques !



