Entre théâtre et studio d’enregistrement, Jean-Marc Coudert explore la voix comme un terrain de jeu aux multiples nuances. Formé au Studio Théâtre d’Asnières, il débute au micro dans les années 2000 avec la publicité avant d’élargir son univers aux documentaires, jeux vidéo et livres audio, où son sens de l’interprétation trouve pleinement sa place. Habitué des récits immersifs comme des rôles plus sombres, il aborde chaque projet avec précision, autodérision et une solide expérience de comédien. Dans cette interview, il partage sa vision du métier, son rapport à la narration et les envies qui continuent de guider son parcours aujourd’hui.
Qu’est-ce qui vous a menée vers le métier de comédien voix ?
Après ma formation à l’école du Studio Théâtre d’Asnières, j’ai enregistré une maquette que j’ai largement diffusée. Dominique Varda m’a alors proposé d’intégrer son agence. J’ai commencé en 2005 par la publicité, puis sont venus les documentaires, le voice over… J’ai toujours énormément apprécié le travail au micro.
Selon vous, quelles qualités sont indispensables pour évoluer dans cet univers ?
De la présence et de la persévérance. Il faut aimer sa voix, la travailler pour bien la connaître et pouvoir s’adapter rapidement aux demandes.
Dans votre parcours personnel, qu’est-ce qui vous a le plus aidée à devenir comédien ?
La vie elle-même et l’observation. Être curieux de tout et de tous, garder de la dérision et surtout de l’autodérision.
Comment vivez-vous le stress lié au métier ?
Je ne le gère pas vraiment. Je sais simplement qu’il ne dure pas. Les premières au théâtre sont très stressantes, mais on sait que ça passe vite. Une fois la détente trouvée, c’est gagné.
Comment vous préparez-vous avant une session d’enregistrement ?
Pour un livre audio, je lis le texte deux à trois fois en amont et je crée une grille des personnages pour les dialogues. Pour la publicité, je découvre souvent sur place : tout repose alors sur la concentration et la capacité à s’adapter à chaque direction artistique.
Comment construisez-vous une empreinte vocale pour un personnage à partir d’images ou d’un texte seul ?
Avec l’expérience, les personnages apparaissent presque naturellement dans l’imaginaire lorsqu’on lit le matériel fourni. C’est d’ailleurs un vrai plaisir de les voir prendre forme.
Quel projet voix vous a procuré le plus amusé ?
Les jeux vidéo m’amusent énormément, surtout lorsque je double des personnages très cruels ou machiavéliques. J’ai aussi incarné un chef mafieux dans le film coréen A Bittersweet Life, un rôle totalement fou et violent. C’était un vrai exutoire, avec des nuances vocales inhabituelles.
Avez-vous vécu une expérience plus difficile dans votre carrière ?
Oui, une seule fois en vingt ans : une publicité où j’ai servi de défouloir à une agence en conflit avec son client… qui m’avait pourtant choisi. Le directeur artistique me l’a fait payer pendant l’enregistrement, mais heureusement ce genre de situation reste très rare.
Quels types de projets vous attirent le plus aujourd’hui ?
J’aime sincèrement tout, mais j’ai une affection particulière pour les documentaires, notamment animaliers. Les jeux vidéo me plaisent aussi pour les nuances vocales qu’ils demandent. Et j’éprouve un immense plaisir à enregistrer des livres audio, en particulier des polars, comme ceux de Franck Thilliez.
Un projet ou rôle qui vous a particulièrement marqué ?
En dehors du théâtre, j’ai eu la chance d’enregistrer Légendes d’Automne de Jim Harrison. Et tous les romans de Franck Thilliez que j’ai interprétés m’ont apporté énormément de plaisir.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite se lancer dans la voix ?
Travailler soigneusement sa maquette, la diffuser largement, suivre des stages de voix off ou de doublage et s’inscrire sur des plateformes professionnelles comme la vôtre.
Des formations ou structures que vous recommandez ?
Les Ateliers du Libre Artiste ou encore Le Magasin – Cie Vagabond.
Avez-vous des comédiens ou comédiennes de référence ?
Je n’ai pas de référence précise, même si j’apprécie énormément le travail de nombreux collègues.
Avec quels directeurs artistiques ou studios avez-vous particulièrement aimé travailler ?
Dans la publicité, j’aime beaucoup collaborer avec Jean-Marc Nebout de La Maison de Production. Pour le livre audio, j’apprécie particulièrement les studios Safe and Sound et Rosalie.
Des collaborations dont vous rêvez ?
J’aimerais beaucoup travailler avec Isabelle Brannens en doublage.
Quels projets ou envies pour la suite ?
J’aimerais retrouver un habillage de chaîne TV ou de radio : j’ai été la voix de Planète+ pendant huit ans et c’était un vrai bonheur. En parallèle, je prépare un nouveau livre audio, en plus des projets publicitaires.
Quel serait votre plus grand rêve professionnel ?
Continuer à avoir des projets, surtout au théâtre. Passer d’une comédie à une tragédie, d’un classique à un contemporain, comme j’ai pu le faire jusqu’à présent.
Carte blanche : souhaitez-vous partager une actualité ?
Je joue actuellement au Palais des Glaces dans la comédie Le poulet aux olives, écrite et mise en scène par Judith Elmaleh et Nicolas Nebot. J’y incarne un fils de famille un peu « vieille France » qui tombe amoureux d’une femme plus âgée, juive sépharade très maternante avec son fils. Une pièce qui casse beaucoup de clichés et dont le succès nous vaut des prolongations jusqu’au 29 mars.