Devenue comédienne presque comme une évidence, Jessie Lambotte nourrit depuis l’enfance une passion profonde pour le jeu. Du théâtre aux studios de doublage, son parcours s’est construit au fil des formations, des rencontres décisives et d’une détermination qui ne l’a jamais quittée. Après 25 ans de métier, elle continue d’explorer avec le même enthousiasme toutes les facettes de la voix : doublage, animation, documentaire, publicité, institutionnel ou encore jeu vidéo. Une diversité qu’elle considère comme l’une des plus grandes richesses de son métier.
D'où vient l'envie de devenir comédienne de voix ?
J’ai avant tout décidé de devenir comédienne, bien avant de découvrir l’univers de la voix et du doublage. Je serais incapable de dire exactement quand et pourquoi, tant cela remonte loin ! D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu faire ce métier. C’était une évidence.
Je me revois, vers 10 ans, dire à tous ceux qui voulaient bien l’entendre : « Je serai comédienne quand je serai grande. » La plupart me riaient au nez en me disant : « Tu verras, en grandissant, tu changeras d’avis. » Eh bien non, je n’ai pas vu ! 😉
J’ai eu la chance d’avoir une maman et une grand-mère qui m’ont toujours soutenue, même si elles ne connaissaient rien de ce milieu ni du chemin à emprunter pour y parvenir. J’ai donc commencé les cours de théâtre très jeune et je n’ai jamais quitté mon rêve des yeux, même si le parcours n’a pas toujours été facile.
La voix est arrivée un peu plus tard, lorsque j’avais environ 16 ans. À l’époque, mon lycée organisait des rencontres avec différents professionnels, comme une sorte de salon de l’orientation. Gérard Hernandez était présent sur un stand consacré au métier de comédien. Vous imaginez bien que c’est le seul que j’ai visité ! Comme nous n’étions pas très nombreux, nous avons eu l’occasion d’échanger et de sympathiser.
Quelque temps plus tard, il a eu la gentillesse de m’emmener sur un plateau de doublage de dessin animé. J’ai été fascinée par le travail des comédiens, leur aisance, leur rapidité et l’ambiance joyeuse que je découvrais.
Mais, quand j’y pense, il y avait déjà des signes avant cela ! Toute petite, j’adorais regarder les documentaires animaliers et je me disais : « Un jour, la voix de la dame, ce sera moi ! » Fait amusant – ou pas ! – en 25 ans de métier, j’ai travaillé sur beaucoup, beaucoup de projets et enregistré plusieurs narrations de documentaires… mais jamais de documentaire animalier ! Alors, avis aux productions et aux DA ! 😉
Qu'est-ce qui vous a le plus portée sur ce chemin de comédienne ?
Le fait d’être une tête de mule et de ne rien lâcher ? C’est probable… Mais aussi, et surtout, les rencontres ! Tout est là. On fait rarement les choses seul dans son coin. « L’enfer, c’est les autres », peut-être… mais la chance aussi !
Après ma rencontre avec Gérard Hernandez et ma découverte du doublage, quelques années se sont écoulées loin des micros, mais la graine était plantée. J’ai continué le théâtre et poursuivi mes études : une maîtrise en arts du spectacle, une formation au Conservatoire National de Région de Saint-Maur, différents stages… Tout cela a évidemment été déterminant.
Mais sans les bonnes rencontres, même la meilleure des formations peut parfois rester un outil inexploité.
J’ai ensuite eu la chance de rencontrer un autre Gérard : Gérard Darier. Il cherchait une assistante à la mise en scène. J’ai envoyé ma candidature et, une poignée de main et un coup de cœur humain plus tard, je devenais son assistante pour un spectacle que nous avons joué au Splendid.
Sur scène, il y avait cinq comédiens aguerris au doublage. Ils m’ont conseillée et m’ont permis d’assister à des séances. C’est à ce moment-là que les portes des studios ont commencé à s’ouvrir. J’ai eu la chance d’être choisie dès mon premier essai ! J’étais morte de trouille, mais la pratique a ensuite été ma meilleure école.
Au-delà du talent, quel est le vrai ingrédient de ce métier ?
Je pense qu’il faut avant tout avoir un solide bagage de comédien. Les contraintes techniques demandent énormément d’attention et, si le jeu n’est pas suffisamment ancré ou si l’expérience de comédien n’est pas assez affûtée, il devient difficile de faire passer les émotions avec aisance et naturel.
Il faut également avoir une sensibilité aiguisée et être capable de comprendre très rapidement les enjeux d’une scène et les émotions qui la traversent.
Contrairement au théâtre, nous n’avons pas toujours l’occasion de découvrir le texte en amont, et encore moins de répéter nos rôles. Il faut donc comprendre vite, analyser vite et s’adapter immédiatement.
Il faut aussi avoir une bonne oreille : il faut entendre juste pour jouer juste.
Comment naît une voix pour un personnage qui n'existe pas encore ?
J’aime tout particulièrement l’animation et la création de voix. C’est jubilatoire d’aller chercher une voix pour un personnage de dessin animé !
Il faut l’habiter, le caractériser, et c’est là que notre imaginaire entre pleinement en jeu. La liberté est plus grande et on a énormément de matière pour s’amuser.
Faire les choses dans la joie, il n’y a rien de mieux, et cela se ressent tellement dans le résultat final !
Quel projet de doublage ou de voix off a été le plus amusant ?
Cela peut paraître très consensuel, et pourtant c’est tellement vrai : j’aime mon métier dans son ensemble et toute la diversité qu’il peut offrir.
J’ai aimé interpréter de magnifiques rôles, mais aussi travailler sur ceux qui m’ont davantage mise en difficulté. Un comédien ne cesse jamais d’apprendre et de progresser.
Être challengé peut être inconfortable, mais c’est aussi nécessaire. Ce sont souvent ces expériences qui nous font avancer et évoluer dans notre jeu.
Jeu vidéo, documentaire, institutionnel… quel registre vous fait vibrer, et pourquoi ?
La magie de ce métier réside justement dans le fait de ne jamais faire la même chose.
Doublage, création de voix pour l’animation, documentaire, publicité, institutionnel, jeu vidéo… Chaque exercice a ses propres spécificités et il est impossible de s’ennuyer.
Travailler avec sa voix ouvre un champ des possibles immense. Que demander de plus ?



