Voxing Pro

Du voyage de luxe aux studios d’enregistrement, Nicolas Rey a parcouru bien plus que des kilomètres. Il a arpenté les ondes, prêté sa voix aux plus grandes chaînes, traversé les décennies sans jamais perdre son timbre — ni son calme.
Solide, authentique, curieux du monde et des gens, il incarne une génération de voix emblématiques. Rencontre avec un professionnel discret, mais inoubliable, qui a appris à “donner de la voix” comme on partage une histoire.

Qu’est-ce qui vous a conduit à devenir comédien de voix ?

En 1991, après dix ans passés comme régisseur de voyages d’affaires et de luxe autour du monde, j’ai ressenti l’envie de me poser un peu. J’avais fréquenté les radios libres dès 1982 et expérimenté l’enregistrement de publicités radio. Julie Bataille — grande figure de la voix à l’époque — m’a encouragé à poursuivre, estimant que j’avais tout pour réussir. Un ami, également issu de la régie de voyages et devenu rédacteur des bandes-annonces d’Antenne2, m’a alors proposé de devenir la voix masculine de la chaîne, aux côtés de Bianca Holtz (paix à son âme). J’ai ainsi travaillé cinq ans pour Antenne2, tout en poursuivant des collaborations avec Radio France, notamment France Inter, collaborations qui perdurent encore aujourd’hui. Depuis, je me suis fait une place dans ce métier et je continue à travailler régulièrement dans tous les domaines de la voix, regrettant seulement de ne pas avoir percé davantage dans le doublage — une autre famille de l’art vocal.

Quelles qualités estimez-vous indispensables dans ce secteur ?

Il faut être solide : la concurrence est rude. À mes débuts, nous étions une centaine de voix (masculines et féminines confondues), et certaines séances mobilisaient jusqu’à cinquante comédiens. Aujourd’hui, le métier a énormément évolué, tant sur le plan technique qu’humain, et je ne me sentirais pas légitime à conseiller un(e) débutant(e). Reste un atout majeur : posséder une belle voix et apprendre à l’utiliser. Il faut savoir articuler, écouter son travail et celui des autres, et adapter sa voix à ce que souhaite entendre son client.

Qu’est-ce qui vous a le plus aidé dans votre parcours ?

Sans hésiter : ma voix, mais aussi tout ce que mes voyages m’ont apporté humainement. Prendre des risques, faire face à des urgences, improviser… Ces expériences ont forgé ma capacité d’adaptation, ma tolérance et ma ténacité.

Comment gérez-vous le stress ou la pression ?

Je n’en ressens pas vraiment. Je reste moi-même, solide et déterminé, c’est ma meilleure manière d’avancer.

Comment composez-vous une voix de personnage à partir d’un texte ou d’une image ?

L’image offre souvent de nombreuses pistes pour créer une voix. En studio, le réalisateur donne des directions utiles. Il faut oser proposer des voix adaptées et laisser parler son esprit créatif — un soupçon de folie est indispensable chez un comédien.

Je pars de l’image (s’il y en a), je repère les indices qui me permettent de composer la voix du personnage. Pour les podcasts, où il n’y a pas d’image, je m’appuie uniquement sur le texte pour l’imaginer.

C’est ce que j’ai fait en créant les voix des personnages animés des podcasts jeunesse Kidikoi et Kiditou, que j’ai aussi écrits pour la RTBF : Kidikoi, le petit extraterrestre drôle et naïf ; H et Deu Zo, les jumelles inséparables ; Moustika, la maman moustique ; Babeille, l’abeille ; la lumière bleue des écrans, Mucus (qui parle du nez) ou encore Spermato, survolté au moment du lancement ! (Démo à écouter sur mon profil Voxing Pro 😉).

Quel projet de doublage ou de voix off vous a le plus amusé ?

Le doublage de long-métrage est un exercice enrichissant, surtout lorsqu’on travaille aux côtés de grands noms. J’ai particulièrement apprécié doubler dans des jeux vidéo : imaginer de nouvelles voix pour des univers variés (Moyen Âge, mythologie grecque…), c’est un vrai terrain de jeu. L’arrivée des CD-ROM et des audioguides dans les années 90 a aussi stimulé le métier avec de nouveaux formats passionnants.

Quelle a été votre expérience la plus difficile en studio ?

Une voix-off pour une grande marque de spiritueux. Je devais alterner l’anglais (avec accent français) et un français parfait, sans avoir été prévenu. L’équipe (client, agence, ingénieur son) émettait chacun des directives contradictoires. J’ai dû rester lucide, appliquer l’enseignement de mon formateur et tenter de satisfaire tout le monde, ce que j’ai fait… seulement pour voir la publicité sortie avec une voix d’opéra ! Une frustration que je perçois comme un échec personnel, même si les circonstances étaient confuses.

 

Quel type de projets préférez-vous réaliser ?

Je suis très ouvert à tous les domaines. Chaque projet est différent et exige de donner de soi à travers la voix.

Parlez-nous d’un rôle ou d’un projet marquant pour vous.

Le film Requin Chagrin de Jean-Luc Blanchet m’a offert mon premier vrai rôle au cinéma : un tournage indépendant, un peu fou, mais très agréable. Plus tôt, j’ai aussi tourné dans un court-métrage de Cédric Klapisch (Ce qui me meut) dans les années 80, avant la consécration du réalisateur. Enfin, j’affectionne particulièrement les bandes-annonces : l’exercice demande de la précision, de l’efficacité, et un engagement total pour soutenir au mieux les films qu’elles promeuvent.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui débute dans le métier ?

Je ne peux pas vraiment en donner de précis, tant l’univers a évolué. Mais je dirais : ayez une belle voix, sachez l’utiliser, articulez, écoutez les autres et adaptez-vous à ce que vos dirigeants artistiques attendent.

Des formations à recommander ?

Personnellement, je ne crois pas aux écoles de voix. Le théâtre et le chant restent des bases solides : ils aident à mieux poser la voix, la contrôler, la sentir et en jouer.

Y a-t-il des figures qui vous ont inspiré dans le métier ?

Je n’en retiens pas une en particulier, mais j’ai observé de nombreux comédiens de mon époque : Daniel Belay, Jean‑François Desvaux, Julie Bataille, Marie‑Christine Darah… Des voix fortes et marquantes.

Avec qui avez-vous aimé travailler ?

Francis Muyl, notamment : un directeur artistique brillant et solide.

Avec qui rêveriez-vous de collaborer ?

Malgré mon âge, j’aimerais encore participer à davantage de projets cinématographiques ou audiovisuels.

Des projets en cours ou à venir ?

Oui ! Je travaille actuellement à un podcast ou feuilleton radiophonique de 30 minutes avec Frédéric Courant (C’est pas sorcier) — un projet sur lequel nous avançons ensemble.

Votre rêve professionnel ultime ?

Continuer à donner de la voix encore et encore, aussi longtemps que possible… si l’on veut bien encore de moi !

Un dernier petit mot ...
Je tiens à soutenir toutes les voix qui s’élèvent contre l’intelligence artificielle. Je vois passer des publicités avec des voix générées par IA, et je les trouve inaudibles, avec des erreurs de prononciation. J’espère que les utilisateurs comprendront l’arnaque, et que l’IA reculera face à la voix humaine. Je pense aussi à mon petit pote Raphaël, 10 ans, qui adore venir au studio le mercredi. Sa mère lui a offert un micro pour son anniversaire : et il a du talent ! Et ma petite-fille Alma, qui adore que je lui enregistre des histoires et qui m’accompagne pendant les vacances aux sessions. Se battre pour que ce métier perdure, c’est essentiel. C’est le plus beau métier du monde.
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