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Voxing Pro

Il n’avait pas prévu de faire de la voix son métier. Mais à force d’entendre les autres lui dire qu’il avait “quelque chose”, Tom Morton a osé. Depuis, il a trouvé dans le jeu vocal un terrain d’expression libre, sensible et ludique. Une rencontre avec un comédien qui s’est révélé… en écoutant les autres.

Peux-tu nous raconter comment tu as découvert le métier de comédien voix ?

Le monde de la voix, notamment dans le dessin animé et le jeu vidéo, m’a toujours fasciné. Mais je n’avais jamais imaginé que cela pourrait être fait pour moi… Je ne pensais pas avoir une voix particulièrement remarquable – je l’entendais trop souvent pour la trouver marquante ! Finalement, c’est le destin (et pas mal de gens autour de moi) qui m’ont poussé à me lancer. À force d’entendre “Tu devrais tenter”, “Tu as vraiment une voix”, j’ai fini par enregistrer une première démo. Et tout s’est enchaîné très rapidement ! Comme quoi, parfois, il faut vraiment écouter les autres…

Au-delà du talent, selon toi, qu’est-ce qui est essentiel pour réussir dans la voix ?

Le talent compte, évidemment, mais il faut surtout de la discipline, car c’est un vrai métier à part entière.
Je ne parle pas du temps passé en cabine – ça, c’est toujours un plaisir. C’est un moment de jeu, de collaboration avec les directeurs artistiques et les clients.
Mais il y a tout ce qui l’entoure : construire et entretenir son réseau, démarcher, faire vivre ses supports de communication, entretenir ses démos, son site, ses réseaux sociaux… C’est une véritable entreprise.
Et bien sûr, il faut une certaine résilience : c’est un métier fait de rendez-vous manqués, d’opportunités qui échappent et d’espoirs parfois déçus. Il faut cultiver une vraie endurance émotionnelle.

Comment gères-tu le stress et la pression liés à ce métier ?

Mal… Je plaisante !
En réalité, ce qui m’aide le plus, c’est d’avoir d’autres activités qui me procurent du plaisir sans aucune pression de performance.
Pour moi, ce sont le sport, le jardinage, la lecture ou encore la cuisine. Ce sont des bulles d’air essentielles pour garder l’équilibre.

Qu’est-ce qui te semble indispensable dans la préparation d’une séance ?

La ponctualité ! Ça peut sembler anodin, mais c’est, pour moi, la base d’une séance réussie. Être en avance permet de se poser, d’échanger avec l’équipe, de découvrir le projet sans stress.
Quand j’ai le texte en amont, je le lis attentivement, surtout pour les projets institutionnels ou médicaux – parfois de vrais casse-langues !
Et évidemment, j’évite les soirées qui se terminent à l’aube si j’ai une session à 10h…

Comment crées-tu une voix pour un personnage imaginaire, à partir de peu d’éléments ?

J’y vais beaucoup à l’instinct. L’intuition me vient souvent à la lecture du texte ou en découvrant l’apparence du personnage.
Ensuite, c’est souvent un travail d’ajustement avec le ou la DA.
Quand j’ai des visuels, des animatics ou des extraits animés, je m’amuse à reproduire les postures ou expressions du personnage – ça influence directement la voix. Cela apporte une couleur, un ton, une énergie supplémentaires.

Quels types de projets te plaisent le plus ?

Je reviens toujours avec plaisir au jeu vidéo et au dessin animé : ce sont des univers de liberté totale, où l’on peut vraiment explorer des registres et des personnages hors du commun.
Mais j’apprécie aussi les spots pub, les films institutionnels, et les documentaires – être payé pour apprendre, c’est plutôt pas mal !

Parle-nous d’un projet marquant.

J’ai récemment travaillé sur Star Wars Outlaws, produit par Ubisoft.
J’y interprétais plusieurs aliens s’exprimant dans des langues fictives. C’était très particulier, car les dialogues étaient purement phonétiques… mais aussi très fun à jouer.

 

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer ?

En France, tout commence par une bonne démo. C’est l’outil central pour démarcher.
Mais avant ça, il faut s’entraîner : écouter ce qui existe, comprendre le marché, apprendre à lire vite et bien à voix haute – ce n’est pas aussi simple qu’on le pense.
Pour le doublage, qui est plus technique que la voix-off, une formation est souvent indispensable.

As-tu des comédiens voix qui t’inspirent particulièrement ?

Oui, beaucoup de mes références sont anglo-saxonnes : Alan Tudyk, Clancy Brown et Keith David, par exemple.
Ils ont tous su bâtir des carrières solides à la fois derrière le micro et à l’image. Leurs personnages sont devenus emblématiques dans tous les médias.

As-tu des directeurs artistiques avec qui tu adores collaborer ?

Barbara Scaff et Matthew Geczy. À chaque fois que je vois leurs noms apparaître, je sais que je vais passer un super moment.
C’est avec eux que j’ai pu donner vie à certains des personnages les plus farfelus que j’ai incarnés, notamment chez Normaal, Blue Spirit, Piste Rouge ou Xilam.

Y a-t-il des studios ou réalisateurs avec qui tu rêverais de travailler ?

L’animation européenne est en pleine effervescence. Je pense à des studios ou créateurs comme Pablo Berger (Robot Dreams), Gints Zilbalodis (Flow), Jérémy Clapin (J’ai perdu mon corps), ou encore Michael Dudok de Wit (La tortue rouge).
Et bien sûr, si Alain Chabat lit ceci… Alain, appelle-moi !

Quel est ton plus grand rêve professionnel ?

Sans détour : Pixar, Disney, DreamWorks. Ce serait la consécration ultime.

Un dernier petit mot ...
Je suis très heureux de renouer avec la communauté vocale parisienne après cinq ans à l’étranger.
Cette expérience a été très enrichissante, mais rien ne remplace les retrouvailles avec celles et ceux qui m’ont vu débuter.
Revenir à mes racines vocales, c’est un vrai bonheur.
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